"Ils veulent tous trouver Kerviel", titrait encore, mardi 29 janvier, le site de 20 Minutes.
Et de nous expliquer : « La chasse à l'homme continue. Plusieurs jours après que le scandale de la Société générale a éclaté, aucun média n'a réussi à entrer en contact directement avec Jérôme Kerviel, le courtier en cause dans l'affaire. »
Et c’est vrai que les médias pratiquent la chasse à l’homme depuis quelques jours à propos des 5 milliards d’euros perdus par la Société générale.
Prenons, par exemple, 20Minutes.fr :
24 janvier 9h05 : « Fraude à la Société générale: le courtier en fuite? »
FBI, porté disparu. Jack Malone est aux manettes. Et Jack, c'est un pitbull. Il ne lâche rien:
24 janvier 17h02 (on l’a identifié): « Jérôme Kerviel, le courtier par qui la Société Générale a perdu 4,9 milliards d'euros ».
25 janvier 23h15 : « Des policiers chez Jérôme Kerviel »
26 janvier 14h30 : « Jérôme Kerviel en garde à vue à la brigade financière »
27 janvier 10h18 : « Société Générale: le courtier Jérôme Kerviel toujours en garde à vue »
28 janvier 8h33 : « Société Générale: fin de la garde à vue de Jérôme Kerviel qui pourrait être présenté au Parquet »
28 janvier 13h48 : « Société Générale: ouverture d'information judiciaire, Kerviel déféré au parquet »
28 janvier 19h48 : « Société générale: Kerviel mis en examen notamment pour «abus de confiance»
29 janvier 18h14 : « Ils veulent tous trouver Kerviel. »
29 janvier 20h42 : « Qu’est-ce qui coûte de 2,3 millions d’euros par heure aux Français ? ». Jérôme Kerv.. non je plaisante. L’article est sur les jeux de loto.
Mais bon, quand même. On joue tous au loto. Voilà ce qu’a fait ce trader malheureux. Sauf que, quand même, on se questionne, s’interpelle. A-t-il agi seul ? Le Président de la Société générale n’est-il pas responsable. Nos-chers-gouvernants ont été prompts à dénoncer les responsabilités du président. « Il doit démissionner » disent-ils tous en cœur du PS à l’UMP.
Faudrait pas que le pékin moyen croie que c’est le système économique qui est responsable… On donne donc en pâture le trader qui pourtant travaillait plus pour gagner plus et son directeur, ce requin de la finance (mal vu de toute façon avec sa probable retraite chapeau et son parachute doré).
Oh la la.
Quand on regarde les JT, quand on lit la presse, quand on écoute la radio, que cela paraît complexe. Ces montages financiers, ses contrôles boursiers, cette informatique pleine de codes secrets détournés.
Pourtant. Pourtant…
Si on relit nos classiques. Balzac, par exemple. En 1837. Il y a 170 ans. Presque deux siècles.César Birotteau, histoire de la grandeur et de la décadence d’un homme, marchand parfumeur, adjoint au maire, chevalier de la légion d’honneur, qui voulait faire fortune, en plus, spécule sur de l’immobilier et se gaufre. Ruiné. Ratatiné. Il va voir un banquier, qui lui explique tout.
Lisez. C’est Kerviel, Bouton. Mais surtout, « ce qui est en cause ici, … c’est un système… Ce système porte un nom : c’est le capitalisme. L’œuvre de Balzac, entre autres choses, c’est aussi la description de la montée du capitalisme », disait Félicien Marceau.
Un Classique (poche Folio, 7 euros), p. 308-309:
M. Claperon (le loup) : « Une affaire exige le concours de tant de capacités ! Mettez vous avec nous dans les affaires ! Ne carottez pas avec des pots de pommade et des peignes : mauvais ! mauvais ! Tondez le public, entrez dans la Spéculation.
César Birotteau (l’agneau) : La spéculation ? dit le parfumeur, quel est ce commerce ?
M. Claperon : C’est le commerce abstrait, repris Claperon, un commerce qui restera secret pendant une dizaine d’années encore, au dire du grand Nucingen, le Napoléon de la finance, et par lequel un homme embrasse les totalités des chiffres, écrème les revenus avant qu’ils n’existent, une conception gigantesque, une façon de mettre l’espérance en coupes réglées, enfin une nouvelle Cabale ! Nous ne sommes encore que dix ou douze têtes fortes initiées aux secrets cabalistiques de ces magnifiques combinaisons.
César ouvrit les yeux et les oreilles en essayant de comprendre cette phraséologie composite.
M. Claperon : Ecoutez, dit Claperon après une pause, de semblables coups veulent des hommes. Il y a l’homme à idées qui n’a pas le sou, comme tous les gens à idées. Ces gens là pensent et dépensent, sans faire attention à rien. Figure-vous un cochon qui vague dans un bois à truffes ! Il est suivi par un gaillard, l’homme d’argent, qui attend le grognement excité par la trouvaille. Quand l’homme à idées a rencontré quelque bonne affaire, l’homme d’argent lui donne alors une tape sur l’épaule et lui dit : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous vous mettez dans la gueule d’un four, mon brave, vous n’avez pas les reins assez forts ; voilà mille francs, et laissez-moi mettre en scène cette affaire. » Bon ! le Banquier convoque alors les industriels. Mes amis, à l’ouvrage ! des prospectus ! la bague à mort ! On prend des cors de chasse et on crie à son de trompe : « Cent mille francs pour cinq sous ! ou cinq sous pour cent mille francs, des mines d’or, des mines de charbon. » Enfin tout l’esbroufe du commerce. On achète l’avis de hommes de sciences ou d’art, la parade se déploie, le public entre, il en a pour son argent, la recette est dans les mains. Le cochon est chambré sous son toit avec des pommes de terre, et les autres se chafriolent dans les billets de banque. Voilà, mon cher monsieur. Entrez dans les affaires. Que voulez-vous être ? cochon, dindon, paillasse ou millionnaire ? Réfléchissez à ceci : je vous ai formulé la théorie des emprunts modernes. Venez me voir, vous trouverez un bon garçon toujours jovial. La jovialité française, grave et légère tout à la fois, ne nuit pas aux affaires, au contraire ! Des hommes qui trinquent sont bien faits pour se comprendre ! Allons ! encore un verre de vin de Champagne ? »
Un Classique. On le transpose à notre affaire. Tout s’éclaire.
Pourquoi on ne lit plus Balzac à l’école ?
Max.
mercredi 30 janvier 2008
Alors Kerviel ! Cochon, dindon, paillasse ou millionnaire ?
Publié par
Max
à
07:00
0
commentaires
Libellés : capitalisme, Kerviel, Société générale
lundi 28 janvier 2008
la figure du sans papier...
... ou comment la politique disparaît dans l'abstraction.
Jeudi dernier, le papa d'une petite camarade de classe de ma fille, 4 ans et demi, est arrêté par la police, à son domicile. Il est sans-papiers. Il est conduit au centre de rétention de Vincennes et passe devant un juge qui lui notifie son expulsion pour un jour proche (ce lundi peut-être).
Samedi, une petite manifestation est organisée, par l'école et le réseau RESF, dans le quartier pour essayer de mobiliser un peu les habitants. Nous sommes une trentaine qui déambulons dans les rues dans ce qui ressemble à une sorte d'indifférence ou de renoncement ou de peur. C'est jour de marché. Les rues sont pleines mais elles sont vides.
Je m'interroge.
Rentrant chez moi, je reprend le livre de David Hochney [1] dans lequel je me suis plongé ce week end. J'y trouve une réponse provisoire. "Avant Einstein, écrit-il, le temps et l'espace étaient considérés comme des concepts distincts, comme des absolus qui auraient toujours existé. Pour Einstein, ces notions ne sont pas des absolus et elles dépendent en grande partie de l'observateur. Par voie de conséquence, la notion de réalité partagée a considérablement reculé. Il devenait évident que nous voyons tous quelque chose d'un peu différent".
Pour nos sociétés contemporaines dans lesquelles les individus s'autonomisent, les populations se déplacent, tout devient abstraction. Il n'y a plus un point fixe à partir duquel nous regardons tous ensemble vers l'horizon. La perspective disparaît. La "notion de réalité partagée" recule.
Nous manifestons dans des tunnels. Au dessus, d'autres, se taillent des boulevards.
Nous avons besoin de voir neuf. Mais comment ?
miossec - le stade de la résistance
Max.
[1] David Hochney, Ma façon de voir, Thames & Hudson, 1993
Nota bene: collage librement inspiré des oeuvres de David Hochney et Kara Walker
Publié par
Max
à
07:00
0
commentaires
samedi 26 janvier 2008
vendredi 25 janvier 2008
Boutin / Amara: le plan Grand Froid...
Christine Boutentrain et Fadela Caméra forment un beau duo. Certes plus proche de Laurel et Hardy que d'une ministre et sa secrétaire d'Etat. Mais quand même, le spectacle est drôlissime. Problème. Une fois passé le rire des premières secondes, on se crispe. Leur vaine agitation est l'exemple même du cynisme du régime qui s'impose chaque jour un peu plus à nous.
Petite chronologie
18 décembre 2006, Charleville Mézière, discours de Nicolas Sarkozy "Pour la France qui souffre": "A quoi sert-il de proclamer le droit au logement, le droit à l’hébergement, l’égalité de l’homme et de la femme, le droit de scolariser son enfant handicapé, le droit au logement étudiant… Si l’on ne construit pas assez pour résorber le déséquilibre entre l’offre et la demande ? "
Mais encore: "Je propose d’en finir avec le renoncement.Je propose d’en finir avec l’hypocrisie".
Mais enfin ! :"Je veux que d’ici dix ans les 700 000 logements manquants pour résorber la crise du logement aient été construits".
6 mai 2007: Nicolas Sarkozy est élu président de la République française avec 53,06% des voix (49,8% dans la France qui souffre à Charleville Mézière).
18 mai 2007: Le gouvernement Fillon est nommé: Au Ministère du logement de la ville est nommée Christine Boutentrain et Fadela Amara devient sa colocataire chargée de la ville. Celle-ci assure que "cela va bien se passer" avec "une personne qu'elle a déjà rencontrée, qui a beaucoup de coeur". "On va s'entendre sur beaucoup de choses, notamment sur la question de vouloir transformer les quartiers". Elle conclut: "C'est un beau mariage, même s'il y aura sans doute, comme dans tous les mariages, de petites disputes."
17-27 septembre 2007: Le Ministère du logement se délocalise 10 jours Place Bellecour à Lyon. Coût total de l'opération: 250 000 euros.
25 septembre 2007: Suite à une polémique entre la Minstre du logement et Augustin Legrand (Les Enfants de Don Quichotte sur le nombre de SDF et de places d'hébergement), Christine Boutentrain propose à son contradicteur d'entrée dans son cabinet ministériel. Il refuse.
16 novembre 2007: Jean-Paul Bolufer, directeur de cabinet de la Ministre du Logement, invité de l'émission "Du grain à moudre" sur France Culture, déclare: "Je voudrai insister sur l'absence de rotation dans le parc HLM. Aujourd'hui, se trouvent, pour parler très vite, dans le parc HLM des gens qui ne devraient pas y être, et se trouvent dans la rue, des campings, des gens qui devraient y être et notamment parmi les jeunes et parmi les ménages les plus modestes. Je considère que c'est un véritable scandale. Et, nous sommes en train de préparer un texte pour mettre en place de véritables surloyers pour ceux qui profitent indûment du parc HLM et qui, bénéficiant de leur rente de situation, se font construire, par ailleurs, peut-être des résidences secondaires".
décembre 2007: Déclenchement du Plan Grand Froid. les ennuis commencent pour les sans-abris, les "couche dehors" comme disait l'Abbé, mais aussi pour Christine Boutentrain...
17 décembre: la très médiatique Association Les enfants de Don Quichotte déclare "Force est de constater que tous les jours, des personnes restent sans hébergement parce qu'il n'y a plus de place ou les places qu'on leur propose sont indignes. Notre projet est d'installer un campement 'refuge', auquel des associations auraient pu apporter leur soutien logistique et humain. (...) Alors que 27 100 places devaient être créées ou transformées en 2007, moins de 14 000 le seront". Christine Boutentrain avoue elle même "le problème, ce sont les maisons relais. Nous en avions promis 13 000, nous en avons réalisés 6 000". (le JDD du 17 décembre)
F. Fillon prend en main le dossier. Il annonce aux associations qu'il ne tolèrera aucun campement de tentes, tout en leur certifiant la signature d'un contrat (avec des buts précis) le 15 janvier. Rendez-vous est donc pris...
19 décembre 2007: le Canard Enchaîné dévoile que M. Jean Claude Bolufer, directeur de cabinet de Madame Boutentrain, occupe, à Paris, un appartement HLM de 190 m2 pour un loyer très inférieur aux prix du marché. Il démissionne.
8 janvier 2008: Nicolas présente ses voeux à la presse et annonce le report au mois de février de l'annonce du plan banlieue préparé par Fadela Caméra.
10 janvier 2008: Christine Boutentrain raconte dans Paris Match: Fadela Caméra "m'a été imposée comme secrétaire d'Etat, assurait la ministre du logement et de la ville. Les dix premières secondes de stupeur passées, j'ai dit : Je veux que ça marche ."
14 janvier 2008: Dans La Croix, elle déclare qu'elle ne "croit pas en un plan uniquement centré sur les banlieues", mais en une politique de la ville plus globale. (le Monde du 15 janvier)
15 janvier 2008: Le fameux contrat promis par F. Fillon est au point mort. 20 minutes explique dans son édition du jour que "le dossier des sans-abris est toujours à la rue. Pinaillages en haut lieu. Le contrat qui devait être signé [ce jour-là] entre le gouvernement et les associations d'aide aux sans abris ayant été abandonné vendredi, chaque partie en est réduite à transmettre sa liste de propositions à l'autre pour tenter de sortir de la rue les 200 000 SDF".
Pendant ce temps, Christine Boutentrain invente la maison à 15 euros par jour. Le dispositif doit succéder à la maison à 100 000 euros, lancée en 2005 par Jean-Louis Borloo. 20 minutes nous rappelle que la maison Borloo "avait généré moins de 500 constructions". La maison à 15 euros par jour serait payable sur "20 à 25 ans à raison de 450 euros par mois".
J'ai fait le calcul: 450 x 12 x 20 = 108 000 euros. Soit plus chère que la maison Borloo. Hmm hmm
21 janvier 2008: Nicolas Sarkozy, que Fadela Caméra attendait pourtant à Vaulx en Velin le lendemain, choisit plutôt de se rendre à Sartrouville pour y évoquer le futur Plan Banlieue et en donner la philosophie: "la vie, ce n'est pas glander". Le "plan banlieues" devient officiellement le "plan anti-glandouille".
22 janvier 2008: Christine Boutentrain et Fadéla Caméra se retrouvent, dans un Vaulx en Velin dont le centre ville est interdit à ses habitants, pour faire la présentation des grandes lignes du plan. La ministre coupe l'herbe sous le pied de sa Secrétaire d'Etat en le ramenant à un "plan égalité des chances". Nicolas Sarkozy reprend le dossier en main et annoncera les mesures définitives le 8 février. (libélyon du 22 janvier)
22 janvier 2008: Hommage à l'abbé Pierre disparu il y a un an tout juste. Quasiment toutes les rédactions se posent la même question: "Qui pour succéder à l'Abbé Pierre?"
De toute évidence,
Personne.
Nota bene: le collage a été réalisé à partir de l'affiche publicitaire d'un grand magasin parisien. Saurez vous trouver lequel ?
Publié par
Max
à
07:00
0
commentaires
mercredi 23 janvier 2008
PS: n'en restera-t-il que des maux?
La bêtise, hélas, n'est pas que de droite. Elle peut aussi être de gauche.
Eléphants, extinction des espèces. Il n'en fallait pas plus à mon esprit marabouté pour me laisser embarquer pour un voyage dans le temps et l'exPS...
On connait depuis longtemps les causes qui font que d'ici très peu de temps les éléphants risquent de ne plus être pour nous que des géants que nous irons voir au musée de notre déraison. Il en est d'autres, sans doute moins indispensables à nos écosystèmes, dont on nous promet chaque jour l'extinction prochaine. Je veux parler, biensûr du parti socialiste.Aucune ONG se mobilise et tous les indices sont au rouge. Les déclarations les plus récentes des chefs du troupeau sont là pour nous le démontrer.
Petite revue de détails.
La surpopulation humaine pousse à la déforestation: Le monde du 14 décembre dernier ne titrait-il pas "A Paris, la rivalité Delanoë-Royal complique la formation des listes". Et en effet: "Dans [le XXème arrondissement, Bertrand Delanoë a souhaité voir figurer en position éligible un de ses conseillers à la mairie, Hamou Bouakkaz. Pour faire droit à cette demande du maire, la tête de liste strauss-khanienne dans le 20e , Frédérique Calandra, avait rétrogradé le sénateur David Assouline – proche de Mme Royal – à une place non éligible. Dénonçant "une petite exécution dans un sous-bois, à l'abri des regards", M. Assouline a obtenu le rejet de la liste par 106 voix contre 93". La recherche permanente de places met en danger un nombre grandissant d'éléphants.
Le braconnage: Le Figaro du 27 décembre ne s'en félicitait-il pas? "Le parti du président de la République a établi une liste de 500 candidats venus de la gauche ou du centre et veut «doubler la mise». La liste comporte cinq cents noms. C'est la liste de «l'ouverture politique» voulue par Nicolas Sarkozy et que l'UMP s'applique à mettre en œuvre dans les villes de plus de 30 000 habitants pour les municipales. Concoctée par Alain Marleix, le «M. Élections» du parti du président, elle fait la part belle à l'ouverture vers les candidats de gauche convertis au sarkozysme et à ceux issus de l'immigration. Le président de la République, qui a fait le point sur la question avant de partir en vacances, est satisfait mais en veut plus. Il compte sur sa stratégie d'ouverture pour passer sans encombre les rendez-vous électoraux du printemps". Jack Lang sera-t-il le prochain éléphant à y laisser ses défenses ?
La culture sur brulis: Manuel Valls, le député PS de l'Essonne, n'avait-il pas estimé le 15 juillet, lors du Grand Rendez-vous Europe 1/TV5 Monde/Le Parisien,qu'il serait souhaitable que le Parti socialiste "change de nom" et "dépoussière" son fonctionnement, sans attendre les municipales de 2008. "". Plus que de dépoussièrage, Manuel Valls propose de mettre le feu aux vieux combats, en appelant le PS à se prononcer avec « une plus grande clarté » en faveur de l'alignement des régimes spéciaux de retraite (Le monde du 12 décembre). Il est à craindre que l'incendie se propage sur toutes les terres de PS, «une grande partie des idées de gauche est épuisée», avait-il osé il y a quelques mois (Libération du 1er septembre).
Le buchonnage industriel: là, c'est du mastoque. On touche aux ressources. Le prédateur n'est pas n'importe qui. Nicolas Sarkozy, imself. Jugez-en vous mêmes: "Français, prompts à détester votre pays et son histoire, écoutez la grande voix de Jaurès: « Ce qu’il faut ce n’est pas juger toujours, juger tout le temps, c’est se demander d’époque en époque, de génération en génération, de quels moyens de vie disposaient les hommes, à quelles difficultés ils étaient en proie, quel était le péril ou la pesanteur de leur tâche, et rendre justice à chacun sous le fardeau. »Pourquoi la gauche n’entend-elle plus la voix de Jaurès ?" (Congrès de l'UMP, 14 janvier 2007). Je vous l'ai dit, du buchonnage ... jusqu'aux larmes tant l'émotion nous étreint: « J’ai cité Léon Blum parce que Léon Blum a fait de la France une grande nation quand il a dit : "l’émulation scolaire c’est l’égalité vraie". Parce que je me sens l’héritier de l’enfant qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot "vacances"» (Discours de NS à Saint Quentin le 25 janvier 2007).
La destruction des routes migratoires: La dernière université d'été du PS à la Rochelle n'at-elle pas été surtout marquée par l'abscence des principaux éléphants. Et puis, qui grimpe encore la roche de Solutré?
Enfin, le laxisme des autorités locales: Stéphane Le Foll, le bras droit de François Hollande l'avoue lui-même :« Chaque fois qu'il y a un sujet un peu compliqué, faute d'une volonté et d'une autorité à la tête du parti, nous sommes tout de suite en difficulté ». « C'est pire qu'un problème d'autorité. C'est un problème lié au respect des règles du PS », ajoute-t-il.
Michel Urvoy dans Ouest France résumait bien la situation, le 16 janvier dernier: "[L'] affaire européenne aura été triplement ravageuse. D'abord, elle rend les socialistes coresponsables d'un traité (de Lisbonne) moins intéressant - mais qu'ils vont majoritairement voter - que le projet initial de Constitution qu'ils ont contribué, en dépit d'une consultation interne favorable, à jeter aux orties. Ensuite, le PS se prend les pieds dans le tapis, alors que les municipales et le pouvoir d'achat commençaient à le rendre audible. Enfin, à quelques mois du congrès de la succession, François Hollande, arbitre inexistant des sujets qui fâchent, prend le risque d'une bataille généralisée sur le terrain. Les trois cas confirment que le PS est d'abord victime de son fonctionnement, de son leadership mou, de son incapacité à organiser des vraies confrontations et à faire respecter les décisions".
On le voit, la situation est préoccupante. Tous les indicateurs sont au rouge. Les éléphants risquent bien de disparaître. Pourtant, quand une espèce s'éteint, il arrive que quelques éléments survivent. Leur petite taille, leur étonnante potentiel d'adaptation, leur capacité à s'enterrer eux-mêmes.
Publié par
Max
à
07:00
0
commentaires
lundi 21 janvier 2008
Foi de renard, le Point ne flagorne pas !
Cette semaine, le Point a décidé d'être pointilleux. Le Point pointe. Il comptabilise, recense, énumère les petites révérences et grandes flagorneries de ce qu'il appelle la Cour de Nicolas Sarkozy. Mais, il en oublie. Et pas des moindres: les siennes...
Commençons par l’article de ce qui semble bien être un expert, le très Point-u Saïd Mahrane, p.33-34. Titre : « l’art de flagornerie ». La scène : « Mercredi 9 janvier, 18h30, salle des fêtes de l’Elysée. Un petit groupe de députés UMP, venus recevoir les voeux du président de la République, gesticulent entre deux tapisseries. Avec un air matois il s’attrapent par le bras et se font des messes basses. Très vite, on comprend qu’il s’agit pour eux de savoir par où Nicolas Sarkozy fera son entrée, histoire de se mettre sur son chemin et de lui toucher la main ».
Les acteurs : « Ils sont conseillers, ministres, hommes d’affaires, histrions du PAF, acteurs, journalistes. De droite, de gauche ou politiquement athées. Ils sont passés maîtres dans l’art de la flagornerie. Leur propre miroir ne les supporte plus. C’est la Cour. »
Suit un lourd descriptif de l'inutilité de cette cour tellement le Président semble s’en moquer. On sent que notre expert a du s’aider de Saint-Simon pour dresser portraits, user vocabulaire et décrire ainsi les vils procédés de ces flagorneurs.
Mais, il y a comme un problème. Une sorte de contradiction. Notre Point-ure du journalisme, p. 34, ne peut s’empêcher de flatter le séant de notre cher Président. Et là, on découvre l’expert, le vrai. Non pas celui qui sait voir dans l’oeil des autres les bassesses dont ils peuvent être les commetteurs. Mais l’expert en flagorneries. Lui-même. Car comment salir la Cour sans salir le Roi ? Il fallait se faire maître en la matière. Ce qu’ils n’aiment pas au Point, ce n’est pas la flagornerie, mais les flagorneurs, la concurrence quoi. Jugez-en par vous-mêmes. Un nota bene, en fin d’article : « les journalistes ne sont pas en reste. Il fallait voir Sarkozy à cheval en Camargue, durant la campagne présidentielle, tacquiner les joyeux journaleux qui le suivaient, amassés sur une remorque. Eux, hilares, en redemandaient. Lui jubilait. Ray-Ban sur le nez, beau comme Stallone. Ou était-ce Napoléon prenant la pose sur le col du Grand-Saint-Bernard... ? »
Cet article suscite donc dans mon esprit un Point d’interrogation. L’art de la flagornerie, puisqu’il existe, ne consisterait-il point à flétrir les autres pour mieux flatter soi-même ?. « L’habit ne fait pas le moine », dit une maxime. Mais « la plume refait l’oiseau », nous dit une autre. Et en feuilletant l’hebdomadaire, on s’aperçoit que la plume des journaleux refait plutôt bien l’oiseau Sarkozy. Et si c’est un art, c’est du Point-illisme, par petite touche par ci par là.
Petit manuel de détection de l’art de la flagornerie :
Point 1 – La flagornerie se cache dans la contradiction. Claude Imbert dans son éditorial, p.3. Intense réflexion sur la révolution en marche aux Etats-Unis qui voit le camp démocrate devoir choisir entre un Noir et une femme. Claude Imbert dit : « De cet Etat-continent, de ce peuple cosmopolite de Blancs, Noirs, Latinos et Jaunes monte d’ors et déjà une spectaculaire et forte vague de renouvellement et d’innovation ». Devant tant d’ouverture à l’autre, on se dit que le Claude aura du mal à soutenir la politique sarkozienne. Et bien non. Pourquoi se gêner? A la fin de l’éditorial : « Face aux nouveaux géants du monde, l’Europe n’a pas encore soigné les poisons dissolvants de son élargissement. Sarkozy, et tant mieux, a réparé la porcelaine atlantique. Sa « politique de civilisation » ne s’édifiera pas, loin de l’Amérique, dans l’amour irénique du genre humain. Une politique de civilisation doit d’abord protéger ce qui fait ce qu’elle est. Car le Mal court. Et contre lui nous sommes dans le même bateau ».
Point 2 – La flagornerie se cache dans la blague bravache. Patrick Besson, p.13 (« 24 conseils au président de la République en vue de ses noces avec Mademoiselle Bruni »). Entre autres : conseil n°23, « un tatouage pourrait lui plaire, mais éviter le piercing à la langue : vous parler quand même beaucoup ». No comment.
Point 3 – La flagornerie se cache dans la République. Sylvie Pierre-Brossolette, p. 31 et 32, nous narre le grand Charles croqué en Louis XIV par le Canard, « les courtisans à particule de VGE », « le bon plaisir mitterrandien », « la trinité Chirac ». Mais, nous dit-elle, avec Sarkozy, ce n’est pas pareil. « La seule différence de la cour de Nicolas 1er par rapport à celle de ses prédécesseurs, c’est sans doute l’inquiétude. (…) Aujourd’hui, [les courtisans] craignent de subir un moins, étreints par une anxiété paralysante, les puissants se sachant notés et jugés aux résultats ».
Point 4 – La flagornerie se cache dans la référence historique. Max Gallo, par ailleurs, rédacteur de discours de président, nous en convainc, p.40. « En fait nous changeons d’époque. Le rideau de l’hypocrisie et du mensonge social qui recouvrait la France puis le dernier tiers du XIXème siècle se déchire. Et cela gêne d’abord les élites compassionnelles. Elles dissimulent leur mode de vie et leurs revenus. Elles haïssent Sarkozy parce qu’il ose rompre avec l’hypocrisie bourgeoise, qu’il ne faut pas confondre avec la pudeur, la réserve, la discrétion, la retenue, l’humilité ». C'est sûr les élites du Point ne sont pas compassionnelles.
Point 5 – (Enfin) La flagornerie se cache dans des cercles concentriques (si, si, je vous jure). Marc Fumaroli de l’Académie française, p.42 (en face de la publicité pour le film sur Charlie Wilson). « Le prince démocratique contemporain n’a pas affaire à une seule cour, mais à la houle de trois cours concentriques [si j’ai bien suivi, celle des gens de pouvoir, celle des « petits espions de l’information, de la publicité et du divertissement de masse » et celle des « citoyens électeurs »]. S’il veut garder la ligne de conduite qu’il s’est fixé, il doit surfer sur ces trois houles à la fois, qui cherchent à le renverser en même temps qu’elles le portent. Il (ou elle) joue sans filet. L’exercice du pouvoir démocratique ne relève plus de l’art du théâtre, mais du sport à haut risque, du cirque, de la tauromachie ». Plus fort que Louis XIV. Je ne sais pas vous, mais là, j’ai le mal de mer.
En tout cas, une chose est certaine. Le Point a beau user de tous les stratagèmes pour nous faire croire qu’il ne mange pas de ce pain là, il semble bien qu’il en soit gavé.
Cette semaine, donc, un Point culminant d’hypocrisie...
Publié par
Max
à
07:00
0
commentaires
samedi 19 janvier 2008
week end
Jacques Prévert, souvenir de Paris
"Le mot image veut dire ce qu'il veut dire, ce qu'on lui fait dire, aussi bien ce que les gens ont appelé une métaphore : c'est un mot un peu drôle, un peu savant, comme une figure ou un visage de rhétorique, toutes ces choses ont des noms ! Mais du moment qu'on écrit avec de l'encre ou un crayon, on peut faire des images aussi, surtout comme moi, quand on ne sait pas dessiner, on peut faire des images avec de la colle et des ciseaux, et c'est pareil qu'un texte, ça dit la même chose".
Jacques Prévert, cité in "Collages", Gallimard, Paris, 1982
Publié par
Max
à
07:00
0
commentaires

